NT-03 — Restauration végétale et biodiversité | Terra-Num
NOTE TECHNIQUE TERRA-NUM NT-03 JUILLET 2026

Restauration végétale et biodiversité

Une approche intégrée et suivie du territoire

Mariam Dibo Traoré
Fondatrice de Terra-Num · Experte en innovation et transformation numérique

L’essentiel

Planter des arbres est une action visible et facilement quantifiable. Mais le nombre de plants mis en terre ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la restauration d’un territoire.

Une intervention peut être utile lorsqu’elle répond aux besoins du milieu. Elle peut aussi être inefficace si les plants ne survivent pas, ou perturber des équilibres existants lorsque les espèces, les lieux et les usages sont insuffisamment pris en compte. [1]

Planter un arbre est une action. Restaurer un territoire est un processus.

Commencer par ce qui existe

Restaurer ne signifie pas nécessairement planter.

Avant toute intervention, il importe de comprendre le territoire : végétation présente, espèces locales, régénération naturelle, usages agricoles et pastoraux, état des sols, disponibilité de l’eau et pressions exercées sur le milieu.

Dans certaines situations, protéger les jeunes pousses issues de la régénération naturelle ou réduire une pression existante peut être plus pertinent que d’introduire de nouveaux arbres.

Les principes internationaux de restauration des écosystèmes insistent notamment sur la nécessité de tenir compte des écosystèmes de référence, de la biodiversité locale et des causes de la dégradation, plutôt que de réduire la restauration à une opération de plantation. [2]

La première question n’est pas « que pouvons-nous planter ? », mais « qu’existe-t-il déjà et que cherchons-nous à restaurer ? »

Éviter une succession d’initiatives isolées

À l’échelle d’un territoire, les interventions peuvent être nombreuses. Un agriculteur plante dans son champ. Une association distribue des plants. Un projet intervient dans plusieurs villages. Une collectivité restaure un espace. Une pépinière introduit de nouvelles espèces ou variétés.

Chacune de ces actions peut être pertinente. Mais leur juxtaposition ne constitue pas nécessairement une stratégie de restauration.

Sans connaissance partagée, il devient difficile de savoir ce qui a été planté, où, dans quel objectif, avec quelles espèces et avec quels résultats.

Une approche territoriale permet au contraire de mettre en relation les initiatives, les zones à restaurer, les usages du sol, les ressources en eau et la biodiversité déjà présente.

L’enjeu n’est pas d’uniformiser les initiatives locales, mais de leur donner une mémoire et une vision communes.

Choisir avant de multiplier

Le choix des espèces est une décision écologique autant qu’agricole.

Une espèce peut être recherchée pour ses fruits, son fourrage, son ombrage, sa biomasse, son bois ou sa contribution à un système agroforestier. Ces usages doivent toutefois être confrontés aux caractéristiques du milieu et aux interactions possibles avec la végétation existante.

La diversité végétale ne consiste donc pas à introduire le plus grand nombre possible d’espèces. Elle consiste à rechercher une diversité cohérente avec le territoire et ses fonctions. [3]

La pépinière trouve ici sa place. Elle peut permettre de produire localement de petits lots, tester progressivement des espèces, observer leur comportement et multiplier celles qui répondent effectivement aux objectifs recherchés.

Elle devient ainsi un outil au service de la stratégie territoriale, et non une finalité en elle-même.

Suivre ce que deviennent les plantations

Une plantation ne devrait pas disparaître des données du projet une fois les plants mis en terre.

Un suivi simple peut associer à chaque plantation, ou à chaque zone de plantation, une localisation GPS, la date, les espèces, la provenance des plants, l’objectif de l’intervention et quelques observations initiales.

Le même emplacement peut ensuite être observé après la saison des pluies, après la saison sèche, puis à intervalles réguliers.

Planter → Localiser → Observer → Comparer → Apprendre

Le suivi peut documenter la survie, la croissance, l’état sanitaire, les besoins en entretien, mais également l’évolution de la végétation autour de la plantation et les usages constatés.

La géolocalisation ne constitue pas une preuve de restauration. Elle fournit une mémoire spatiale permettant de revenir au même endroit et d’observer ce qui s’est réellement passé.

La donnée importante n’est pas seulement « combien avons-nous planté ? », mais « que sont devenues nos plantations ? »

Du suivi des arbres au suivi du territoire

L’intérêt apparaît lorsque les observations individuelles sont progressivement replacées dans une lecture plus large.

Une cartographie peut faire apparaître les plantations, les zones de régénération naturelle, les espaces agricoles, les points d’eau, les zones dégradées et les interventions successives.

Cette mémoire permet de comparer les résultats entre espèces, pratiques et zones, mais aussi d’éviter de recommencer indéfiniment les mêmes actions sans savoir ce qu’ont produit les précédentes.

Le numérique peut ici servir une fonction volontairement simple : conserver, relier et rendre lisibles les observations produites dans le temps.

À terme, cette connaissance peut soutenir les décisions des producteurs, villages, organisations agricoles, collectivités ou programmes intervenant sur un même territoire.

Approche Terra-Num

Une mémoire vivante de la restauration

Terra-Num explore une démarche associant observation du territoire, expérimentation végétale, pépinière locale, géolocalisation et suivi dans le temps.

L’objectif n’est pas de construire un inventaire exhaustif de la biodiversité, ni de se substituer aux compétences écologiques, forestières ou agronomiques nécessaires.

Il s’agit de proposer une méthode simple permettant aux acteurs d’un territoire de mieux documenter leurs interventions, d’en observer les résultats et de capitaliser progressivement les connaissances acquises.

Observer → Cartographier → Décider → Intervenir → Suivre → Apprendre

À retenir

Restaurer un territoire ne consiste pas nécessairement à planter davantage. Il peut être préférable de protéger ce qui existe, favoriser la régénération naturelle, restaurer certaines fonctions écologiques ou introduire progressivement des espèces lorsque cela répond à un besoin identifié.

Lorsque des plantations sont réalisées, leur localisation et leur suivi dans le temps permettent de passer d’une logique d’action ponctuelle à une logique d’apprentissage.

Le succès d’une restauration ne se mesure pas au nombre d’arbres plantés, mais à l’état du territoire plusieurs années après.

Références essentielles

  1. FAO, 2022. The State of the World’s Forests 2022: Forest pathways for green recovery and building inclusive, resilient and sustainable economies. La FAO présente notamment la restauration et l’agroforesterie comme des démarches devant tenir compte des contextes écologiques, sociaux et productifs. Consulter le rapport
  2. FAO, IUCN CEM & SER, 2021. Principles for ecosystem restoration to guide the United Nations Decade 2021–2030. Ces principes internationaux rappellent notamment l’importance du contexte écologique, de la biodiversité et du suivi dans les démarches de restauration. Consulter les principes
  3. IPCC, 2022. Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Chapter 9: Africa. Le chapitre examine notamment l’agroforesterie, la diversification et la restauration des écosystèmes dans les réponses d’adaptation en Afrique. Consulter le chapitre
  4. FAO & SER, 2024. Standards of practice to guide ecosystem restoration. Cadre pratique consacré à la planification, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des actions de restauration. Consulter la publication
  5. Chazdon, R. L. & Guariguata, M. R., 2016. Natural regeneration as a tool for large-scale forest restoration in the tropics. Biotropica, 48(6), 716–730. Cette synthèse examine la place de la régénération naturelle dans les stratégies de restauration. Consulter l’article
  6. CIFOR-ICRAF, 2024. Quality Planting Material through Good Nursery Management. Ressource consacrée à la qualité du matériel végétal et à la gestion des pépinières. Consulter la ressource

Citation suggérée
Traoré, M. D. (2026). Restauration végétale et biodiversité : une approche intégrée et suivie du territoire. Note technique Terra-Num NT-03, juillet 2026.

Cette note présente une démarche de recherche appliquée. Elle ne constitue ni un inventaire écologique ni une prescription forestière. Le choix des espèces et des interventions doit tenir compte des caractéristiques écologiques, agricoles et sociales du territoire et mobiliser les compétences spécialisées nécessaires.

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