NOTE TECHNIQUE TERRA-NUM NT-02 JUIN 2026

L’eau de pluie comme ressource

Une approche frugale du stockage et de la restauration hydrique des territoires agricoles sahéliens

Mariam Dibo Traoré
Fondatrice de Terra-Num · Experte en innovation et transformation numérique

L’essentiel

Dans les territoires sahéliens, le problème n’est pas uniquement la quantité de pluie. Il tient aussi à sa répartition dans le temps, à l’intensité des épisodes pluvieux et à la capacité du territoire à conserver l’eau lorsqu’elle est disponible.

Une pluie intense sur un sol peu infiltrant peut rapidement devenir ruissellement et quitter la parcelle. Quelques semaines plus tard, la même exploitation peut manquer d’eau.

Quand l’eau tombe, comment en conserver la plus grande part possible pour le sol, les cultures et les périodes sèches ?

La réponse peut combiner plusieurs niveaux : ralentir le ruissellement, favoriser l’infiltration, récupérer l’eau excédentaire, la stocker dans un bassin, une mare ou une retenue, puis l’utiliser lorsque les précipitations deviennent insuffisantes. [1]

De la pluie à la réserve

La gestion de l’eau ne repose pas sur une solution unique. Elle peut être pensée comme une succession de fonctions complémentaires.

Ralentir → Infiltrer → Collecter → Stocker → Réutiliser

À l’échelle de la plante, le zaï concentre l’eau et les apports dans une petite surface. À l’échelle de la parcelle, les demi-lunes et d’autres ouvrages de collecte du ruissellement ralentissent l’eau et favorisent son infiltration dans le sol. [2]

Une partie de l’eau peut également être conservée en surface. Des mares aménagées, bassins artificiels, citernes ou petits réservoirs permettent de récupérer l’eau lorsqu’elle est disponible et de la mobiliser ultérieurement, notamment pour une irrigation complémentaire. [1]

À une échelle plus collective, une retenue ou un petit barrage peut permettre de stocker un volume plus important. La pertinence de ces ouvrages dépend cependant du relief, du ruissellement disponible, des sols, des usages envisagés et des conditions de gestion et d’entretien. [3]

Conserver avant de chercher davantage

L’approche explorée par Terra-Num part d’une question simple :

Avant de rechercher davantage d’eau, pouvons-nous mieux conserver celle qui tombe déjà ?

Cette question conduit à commencer par le fonctionnement du territoire plutôt que par un ouvrage prédéfini.

Où l’eau tombe-t-elle ? Où ruisselle-t-elle ? Où s’accumule-t-elle ? Quels sols permettent son infiltration ? Quels volumes pourraient être récupérés ? Quels besoins doivent être couverts et pendant combien de temps ?

Selon les réponses, la solution pertinente peut être une amélioration de l’infiltration, un bassin de récupération, une mare aménagée, une petite retenue ou une combinaison de plusieurs dispositifs.

Le GIEC identifie notamment la récupération des eaux de pluie, la conservation de l’eau et la restauration des bassins versants parmi les réponses d’adaptation observées en Afrique. [4]

La frugalité ne signifie pas « petit »

Une solution frugale n’est pas nécessairement l’ouvrage le moins cher ou le plus petit.

Elle recherche le niveau de réponse suffisant au regard du besoin, des ressources disponibles, des capacités locales de construction, de l’entretien nécessaire et de la durée d’utilisation attendue.

Un bassin simple peut être pertinent pour une exploitation. Une retenue plus importante peut l’être pour plusieurs producteurs lorsqu’elle répond à un besoin collectif et que sa construction, sa sécurité et son entretien peuvent être assurés durablement.

À l’inverse, un ouvrage peu coûteux mais mal dimensionné, rapidement ensablé ou impossible à entretenir localement ne constitue pas nécessairement une solution frugale.

La frugalité recherche l’utilité, la simplicité et l’autonomie, plutôt que la sophistication.

SABATI : agir sur la pénibilité

Dans cette approche globale de l’eau, le projet SABATI explore un problème particulier : la pénibilité de certains travaux de restauration hydrique des terres.

Les demi-lunes sont une technique ancienne et documentée au Sahel. Leur réalisation manuelle peut cependant demander un travail important. La FAO a également expérimenté leur mécanisation à grande échelle, notamment au Niger. [5]

SABATI explore un niveau intermédiaire : un équipement simple destiné à faciliter la réalisation de ces aménagements tout en recherchant une fabrication et une réparation accessibles localement.

Peut-on réduire le temps et l’effort nécessaires sans créer une nouvelle dépendance technique ?

SABATI reste à ce stade une hypothèse de conception. Aucun bénéfice hydrologique ou agronomique ne lui est attribué avant expérimentation.

Mesurer avant de construire

La première étape d’un projet de récupération d’eau devrait être le diagnostic et non la construction.

Il s’agit notamment d’estimer les précipitations, le ruissellement, les capacités d’infiltration, la topographie, les besoins en eau, l’évaporation, la sédimentation et les usages envisagés.

Ces éléments permettent ensuite de déterminer le type d’aménagement, son emplacement et son dimensionnement.

Cette précaution est particulièrement importante pour les bassins, retenues et petits barrages. Leur conception peut nécessiter des compétences en hydrologie, hydraulique, génie civil, agronomie et connaissance du territoire.

La solution doit découler du besoin et du fonctionnement hydrologique du site, et non l’inverse.

Prochaine étape

Un territoire pilote

Terra-Num souhaite confronter cette approche à un territoire pilote en partant d’un diagnostic hydrique à l’échelle d’un village.

L’objectif serait d’identifier avec les acteurs locaux et les compétences techniques nécessaires les solutions les plus adaptées, puis d’expérimenter un ensemble limité d’aménagements.

L’évaluation porterait sur les volumes récupérés ou infiltrés, les usages rendus possibles, les coûts, l’entretien, l’appropriation locale et les difficultés rencontrées.

L’ambition n’est pas de démontrer qu’une solution unique répond au problème de l’eau, mais de documenter une démarche pouvant être adaptée et reproduite lorsque les conditions locales le permettent.

À retenir

Une partie de l’eau peut être conservée dans le sol. Une autre peut contribuer à la recharge souterraine. Une autre encore peut être récupérée dans un bassin, une mare ou une retenue pour être utilisée plus tard.

Ralentir → Infiltrer → Collecter → Stocker → Réutiliser

L’innovation frugale ne consiste pas nécessairement à inventer une nouvelle technique. Elle peut consister à combiner intelligemment des techniques connues, à les adapter au territoire et à réduire les obstacles qui limitent leur utilisation.

Références essentielles

  1. FAO. Water harvesting and storage. Présentation des différentes formes de récupération et de stockage de l’eau, notamment dans le sol, les nappes, les mares et les petits réservoirs. Consulter la source
  2. Barry, B., Olaleye, A. O., Zougmoré, R. B. & Fatondji, D., 2008. Rainwater harvesting technologies in the Sahelian zone of West Africa and the potential for outscaling. Travaux consacrés aux techniques de récupération de l’eau au Burkina Faso, Niger, Mali et Mauritanie. Consulter la référence
  3. FAO. Sahel – Small-scale irrigation and water management. Travaux sur le potentiel des petits réservoirs, retenues et autres infrastructures de mobilisation de l’eau au Sahel. Consulter la source
  4. IPCC, 2022. Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Chapter 9: Africa. Consulter le chapitre
  5. FAO. Mechanized land restoration in Niger. Retour d’expérience sur la mécanisation de la restauration des terres et de la réalisation de demi-lunes. Consulter la source
  6. Ouedraogo, R., Montginoul, M. & Barbier, B., 2024. Farmers’ Behavior and Innovations’ Adoption Processes in Rural Sahel: Case of Supplemental Irrigation from Farm Ponds in Burkina Faso. Étude de l’irrigation complémentaire à partir de bassins de ferme au Burkina Faso. Consulter la référence

Citation suggérée
Traoré, M. D. (2026). L’eau de pluie comme ressource : une approche frugale du stockage et de la restauration hydrique des territoires agricoles sahéliens. Note technique Terra-Num NT-02, juin 2026.

Cette note présente une démarche de recherche appliquée et des pistes d’expérimentation. Elle ne constitue pas une étude hydrologique ou un dimensionnement d’ouvrage. Tout bassin, retenue ou barrage doit faire l’objet des études techniques et de sécurité adaptées au site et à son usage.

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